DES DIFFÉRENTS MOYENS DE RENDRE UN PEUPLE ESCLAVE (liste non exhaustive)

Les jeux
La pornographie
La malbouffe, le foot, la « musique » tintamarre, la danse des boîtes, l’art moderne...
L
a liberté et l'individualisme
Les philosophies du progrès : Hegel et Marx…

Les jeux. A première vue, les jeux sur ordinateur sont une innocente récréation individuelle, qui ne fait de mal à personne et qui n’a pas de rapport avec la politique. Il n’en est rien et « tout est politique ». Prenons par exemple le jeu Civilization. Il s’agit de devenir maître du monde et tout-puissant par des conquêtes successives. On fait battre les Aztèques contre les Romains, lesquels sont sauvés par les Ostrogoths, etc. La bombe atomique éclate sur la tête de Vercingétorix, mais les services portugais de dépollution viennent à bout du fléau… La mégalomanie du joueur est flattée, les contraintes de l’histoire sont effacées, la réalité se plie enfin aux désirs du joueur. Il devient « accro », addictif. Il est victime d'une drogue, il ne peut plus s’échapper. D'ailleurs, tous les moyens modernes de rendre un peuple esclave relèvent plus ou moins subtilement de la stratégie imposée au drogué. Celui-ci croit se réfugier dans un paradis artificiel, alors qu'il s'abandonne, pieds et poings liés, aux pires malfrats et renonce à toute citoyenneté. Le joueur pourrait donc tuer celui qui voudrait l’arracher à son isolement, lui ôter sa camisole de force, sa folie, son rêve. Il n’est plus disponible ni pour sa famille ni pour se cultiver. Il est déshumanisé, seul, face à face avec la machine, machine lui-même, inexorable, il est passif, mû. Certains ont des crises d’épilepsie. Le joueur ressemble au rat qui s’épuise à jouir en manoeuvrant une pédale qui stimule l'aire du plaisir dans son cerveau... et il en crève.
J’ai moi aussi été dépendant pendant une période des jeux Freecell et Démineur. J'avais parfois la satisfaction de gagner, même si j'étais relativement malhabile, mais le réveil était toujours amer et pénible. Le seul moyen que j’ai trouvé pour me désintoxiquer a été de les enlever de mon ordinateur. Il en fut de même lorsque j'étais fumeur : comme je ne pouvais pas m'empêcher d'acheter un paquet de cigarettes, je pris l'habitude de jeter le paquet après avoir fumé seulement une ou deux cigarettes. Ce geste était encore de ma liberté et je fus rapidement dégoûté de racheter d'autres paquets !

Bien entendu, la télévision souffre à un moindre degré des vices des jeux : elle isole, elle rend passif, elle est un distributeur automatique de tranquillisant culturel, mais de plus elle constitue un outil entre les mains du Ministère de la Propagande, alias Ministère de l'Intérieur... des Citoyens !
Objection : la lecture aussi, que j'ai beaucoup pratiquée, est une vie par procuration. La lecture n'est pas la vie et empêche parfois de vivre. Oui, mais Balzac par exemple décrit la société de son temps et même de tous les temps. C'est même ce qui sépare la bonne et la mauvaise littérature : l'une est en rapport avec la réalité, l'autre ne représente que les fictions de son auteur.

La pornographie. Ce mot ne vient pas du mot « porc », mais du grec pornê qui signifie : prostituée. Le dictionnaire grec Bailly indique : « pornê [vient de] pernêmi vendre, parce que les prostituées étaient en général primitivement des esclaves ». À son tour, le dictionnaire latin Gaffiot signale : « prostituée [vient du latin] pro-stituo de pro en avant et statuo placer ; établir en avant, exposer au public », comme une marchandise à l'étal, comme une femme à l’étalage d’une boutique d’Amsterdam.
L’idée originaire de la pornographie n’est donc pas celle de jouissance qui ne vient qu’en second, mais celle de commerce. On sait que le but d’une prostituée n’est pas de faire jouir son client mais de se vendre. D’une manière générale un commerçant cherche en premier lieu à gagner de l’argent, en second lieu seulement à rendre un service. Ce n’est pas le côté charnel qui rend la pornographie choquante, mais son aspect commercial, parce qu’elle attrape l’être humain par le ventre, comme un pêcheur attrape un poisson par la tête, grâce à un leurre. Elle le séduit, l’obsède, le rend dépendant, comme s’il était pris à un hameçon. De plus, la pornographie, comme les jeux, fournit une jouissance virtuelle et non réelle, car on ne fait pas l'amour avec un ordinateur, un téléphone ou un placard publicitaire ! Et l'on ne se soucie pas de savoir si la belle femme que l'on contemple aura ou non un enfant, ce qui après tout est sa vocation.
Tout au contraire, l’érotisme ou culte du dieu Éros, dieu de l’Amour, est l’opposé de la pornographie, car il nous rend dépendants non d’un trafiquant quelconque mais d’un ordre transcendant, qui nous dépasse. Nous devenons servants d’un dieu ou de la nature, comme on voudra.
Ce qui est mauvais politiquement dans la pornographie, ce n’est donc pas l’exhibition des organes sexuels plus ou moins attirants, mais l’addiction de celui qui s’y adonne, la dévalorisation non seulement de la femme mais de lui-même, et l'avilissement qu’il accepte à son insu. Prenons par exemple une de ces publicités pour slip ou soutien-gorge qui hante les rues. Ce n’est pas tant les formes rondes de nos compagnes, plutôt agréables à regarder, mais la sollicitation commerciale qui cause un malaise. Que doivent penser les millions d’Arabes qui habitent chez nous, eux qui dans un excès contraire voilent leurs femmes pour les soustraire à la concupiscence ? Que nous sommes fous d’exhiber ainsi nos femmes, nos filles et mères comme des torchons ou des camemberts pour de l’argent, pour sacrifier, non à la religion d’Eros, mais à la seule religion que nous connaissions, le fric.

La malbouffe, le foot, la « musique » tintamarre, la danse des boîtes, l’art moderne…
Innombrables sont les procédés que notre civilisation ou plutôt notre barbarie invente pour abaisser le peuple et le rendre esclave. Par exemple, la malbouffe impose le poulet aux hormones qu’elle arrive à faire préférer au poulet qui a couru dans les champs. On confond ensuite l’homme aux hormones, pommadé, maniéré et l’homme véritable. Je raconterai ici l’anecdote suivante : j’ai connu un chien, plus gourmet que ses maîtres, qui malgré sa faim rejetait les os de ce poulet ! L’éducation du goût est indispensable pour affiner le goût en général, l’intuition, le discernement. On me dira qu’avec l’explosion démographique, il n’est pas possible de nourrir les nouvelles populations avec les moyens d’autrefois. Mais justement ! Je n’entends jamais parler de la moindre mesure pour enrayer cette prolifération non naturelle du Tiers Monde,
alors que dans le même temps, on freine tant qu’on peut le renouvellement des populations occidentales. La solution est dans la diminution de l’espèce proliférante et non dans le forçage de toutes les autres espèces pour favoriser celle-ci encore plus. De plus, beaucoup de pratiques actuelles font vomir : les saumons par exemple sont piqués chimiquement, élevés en camps de concentration dans des espaces exigus où ils se frôlent sans arrêt, alors qu’ils ont besoin de milliers de kilomètres pour prospérer. La malbouffe enseigne le mépris de la vie et le goût de la torture.

Le foot offre le spectacle d’un ridicule chauvinisme. On supporte non l’équipe de sa ville, mais un ramassis hétéroclite de champions achetés n'importe où par un magnat. Or, qu’est-ce qu’on en a à faire de savoir que le milliardaire Truc Much est plus riche que le milliardaire Machin Chouette ! Or, c'est presque à cela que se réduit un match de foot. Les dieux du stade sont les dieux du fric. On s’intéresse moins au beau jeu qu’à la victoire de son équipe, la preuve c’est que l’on applaudit les fautes, les déficiences de l’adversaire ! De plus, c’est l’instinct grégaire qui absorbe l’énergie des foules. C’est pourquoi j'ai donné un jour à mes élèves le sujet de dissertation suivant : « Expliquez et discutez cette pensée de Karl Marx : le football (comme la télévision) est l’opium du peuple. » Car « il ne faut pas désespérer Billancourt », comme disait le maître décerveleur Jean-Paul Sartre…

La « musique » tintamarre. On les voit, les jeunes surtout, arpenter le trottoir comme des zombies, les écouteurs sur les oreilles, écoutant les groupes à la mode. Moi aussi, dans les années quatre-vingt, bien avant la mode des MP3 et baladeurs de toutes sortes, j’écoutais ainsi la musique de Jean-Sébastien Bach, pour échapper à la morne torpeur de la permanence au lycée. J’étais même à la pointe du progrès et en avance sur mon temps, et les élèves se moquaient de moi parce que, tout en les surveillant, j’avais de gros écouteurs sur les oreilles, reliés à un petit magnétophone, qui me faisaient ressembler à Mickey ! Seulement, là aussi, il faut distinguer la bonne et la mauvaise musique, celle qui nous tire vers le haut et celle qui nous tire vers le bas. L’une nous captive par la richesse des sonorités, leur diversité, le dialogue inépuisable des différentes parties, qui nous donne le sentiment d’une vie plus belle, plus réelle derrière les apparences. L’autre ne tire ses effets que par la force des accompagnements, la rudesse, la violence des percussions, le simplisme des accords, le martèlement des basses, l’enivrement d’une vie grégaire, toute prête à se donner politiquement au premier faiseur qui passe. La musique des Rolling Stones, par exemple, est abêtissante et abrutissante.

La danse des boîtes : ils se trémoussent, ils croient se libérer alors qu’ils font semblant, ils sont laids, ils obéissent tous ensemble à des rythmes éléphantesques. Ils n’ont pas la souple ondulation des Noirs qu'ils singent, ils sont grotesques.

L'art moderne. Comme de toute évidence il ne signifie rien, il nous pousse à croire à un mystérieux sens connu seulement des nouveaux aristocrates, ou bien il nous incline à penser que rien n'a de sens. Il nous intimide, nous interdit. De plus, il nous anesthésie, nous passons devant d’authentiques chefs-d’œuvre, qui pourraient nous faire réfléchir, sans leur accorder plus d’attention qu'à une merde moderne, littéralement. L’art moderne est un leurre, une mystification, la ruine de la beauté, que d’ailleurs il nie. C’est pourquoi il bénéficie de la promotion des gouvernants qui voient là un moyen d’abrutir le peuple.

La liberté et l'individualisme. Quel est le sens premier, concret, unique du mot liberté, le sens qu’on doit retrouver dans toutes les acceptions du mot liberté, avec seulement des variations selon les contextes ? Libre signifie toujours indépendant de quel que soit le contexte. Le sens premier se trouve par exemple dans la phrase : descendre à bicyclette en roue libre. Cela signifie que la roue n’est pas mue par l’entraînement du pignon, lui-même actionné par les pédales poussées par la force des jambes. Le mot liberté a toujours, ou devrait toujours avoir, un sens négatif : on est libre, ou on se croit libre, par rapport à l’esclavage, à ses passions, à la coutume, etc. Cela étant, le mot liberté a pris à l’époque moderne, qu’on peut faire remonter à Descartes, un sens positif, à mon avis abusif. Libre signifierait non seulement indépendant de telle ou telle chose, mais encore indépendant absolument de quoi que ce soit. Je vois même une contradiction logique dans cette utilisation du mot libre. Si la liberté est définie par la non-dépendance, elle a donc un rapport avec la dépendance. Or, dans le sens moderne, la liberté n’a aucun rapport avec la dépendance. D’ailleurs, lorsqu’on dit que la bicyclette descend en roue libre, on sous-entend qu’elle est mue par la force d’inertie et par la force de gravité. Libre signifierait donc aujourd'hui créateur. On retrouve la conception moderne selon laquelle l’Homme est Dieu. A noter que les Grecs classiques n’avaient pas de mot pour désigner cette liberté-la. Ils disposaient seulement du mot éleutheros qui désigne la liberté politique, le fait de ne pas être en esclavage.
Loin de ces hauteurs métaphysiques, l’homme moderne se considère comme libre dans la mesure où il reste dans son coin et à distance de celui du voisin. Il est individualiste. Il ne s’aperçoit pas qu’ainsi il est enserré dans les mailles d’un filet invisible. Je ne peux ici que renvoyer au merveilleux texte d’Alexis de Tocqueville, écrit en 1840 ! On peut le lire à l’adresse suivante :
http://pagesperso-orange.fr/r.garrigues/fr/textesrecents/alexis_de_tocqueville.htm
Le petit malin qui se croit libre, qui célèbre son individualisme, c'est-à-dire son indépendance par rapport à ce qui se passe autour de lui, qui ferme les yeux, qui néglige la réalité en disant « I don't care » ou « No future » obéit finalement à ce qu’on attend de lui, comme un animal qui croit échapper à la baguette du maître et qui se rue en fait dans l’étable où on l’attend !

Les philosophies du progrès : Hegel et Marx
La doctrine du philosophe Hegel (1770 – 1830) est une resucée laïque du christianisme. Mais au lieu que Dieu soit extérieur à sa créature, l’homme, il habite secrètement en lui et il se révèle dans l’Histoire, conçue comme une odyssée, une apocalypse. L’Homme est un Dieu qui s’ignore. L’incongruité d’une telle conception est masquée par un jargon impénétrable, dont l'exégèse fait la joie des cuistres. Quant aux contradictions qu’une telle doctrine ne manque pas de soulever, elles sont levées par une logique spéciale, qui n’a rien de logique mais relève plutôt de la mystique : la dialectique. Plus simplement, on peut dire que la philosophie de Hegel est une philosophie du progrès, qui justifie tout. Par exemple, la guerre est bonne parce qu’elle permet aux formes caduques de civilisation de disparaître pour hâter l’avènement de formes nouvelles. Hegel justifie ce qui est, tout ce qui est, dans une sorte de messianisme et de terrorisme intellectuel. Comme chez Adam Smith (1723 – 1790), il y a une main invisible qui transforme les exactions individuelles en bienfaits pour la communauté. En fait, le mal n’existe pas, le passé est mort et nul n’est en avance sur son temps, ni ne peut lui échapper. Hegel accepte le présent quel qu’il soit parce qu’il est nécessaire et bon, car la morale doit s’incliner devant la politique.
On imagine ce qu’une telle justification délirante de l’humanité et de ses pires errements a pu avoir comme succès ! Le dommage causé à l’homme d’aujourd’hui consiste dans la sacralisation de la mode et le snobisme qu'elle impose, la néolâtrie, évidente dans l'art moderne. On n’arrête pas le progrès, toute réaction est ringarde, toute critique est désuète ou bien récupérée par la dialectique. Il faut être de son temps, on ne peut pas lutter contre le mouvement de l’Histoire. Une telle doctrine est certes pain béni pour les maîtres du monde, quels qu'ils soient...

De même pour son disciple Karl Marx (1818 – 1883), l’homme est créateur, de soi-même, de la nature et de la société ! « Pour l’homme socialiste, tout ce qu’on appelle l’histoire universelle n’est rien d’autre que l’engendrement de l’homme par le travail humain, que le devenir de la nature pour l’homme. » Karl Marx, Manuscrits de 1844, page 99, traduction, introduction et notes par Émile Bottigelli, éditions sociales, 1969. Pour d’autres citations, voir ici :
http://pagesperso-orange.fr/r.garrigues/fr/textesrecents/karl_marx.htm
En fait, il s’agit moins d’une doctrine matérialiste que d’un messianisme biblique et prophétique (le père de Marx était rabbin). Comme le présent est insupportable, on rejette la venue d'un monde meilleur, grâce à la lutte des classes, et après la dictature du prolétariat, dans un futur indéterminé. Alors adviendra le jugement dernier de l'Histoire et l'avènement du communisme. Malheureusement, la lutte des classes n’est rien d’autre que la guerre civile, où il n’y a jamais que des perdants. Certes, l’égoïsme navrant, l’avidité addictive des riches et des puissants doit être combattue et maîtrisée. Mais le marxisme est aveuglé par la jalousie et le ressentiment. Il se berce d’illusions et nage dans l’utopie et, par suite, ne défend pas les humbles ou les défend très mal. Il ignore la nature humaine et ne voit pas que dans l’égalitarisme et le nivellement naîtra toujours une caste de profiteurs et de despotes, une nomenklatura. Lénine ou Staline ne sont pas des déviations mais des accomplissements de Marx. Hélas ! La France aussi est un pays marxiste ! De plus Marx est l’antiécologiste par excellence, à cause de l'impérialisme biblique de l’espèce humaine qu'il prêche. (Lire à ce sujet Le progrès meurtrier d'Eugen Drewermann.) Ce n’est sans doute pas un hasard si Tchernobyl a explosé dans un pays marxiste.
Il y a chez Marx une idolâtrie de l'humanité par elle-même, un fanatisme religieux qui a fait son succès, alors que l'amorce d'un progrès véritable serait une sévère autocritique de l’espèce dangereuse à laquelle nous appartenons. Que faire alors ? D’abord, écouter les philosophes : Julien Benda, Schopenhauer, Jonathan Swift, Louis-Ferdinand Céline, Maurice Allais, René Garrigues !... Ensuite ne pas oublier que, selon moi du moins, un Dieu pervers a établi la pénurie dans ce monde et nous a créés inégaux de telle sorte que
nous nous entredéchirions les uns les autres. Il faut donc éviter le plus possible de lui offrir cet amusement et ne pas donner tête baissée dans de prétendues menées révolutionnaires qui ne sont en fait que l'aggravation de notre esclavage !

P.S. (2010) Il n'est pas besoin d'aller chercher si loin. La Sécu, le confort moderne, le RMI ou le RSA, qui sont apparemment des biens, endorment le citoyen et le rendent passif. Il accepte désormais n'importe quel empiètement sur sa liberté. Mieux, il chérit sa chaîne et revendique le droit de la porter ! Là encore, Tocqueville a prévu ce qui nous arrive :
« [Un pouvoir immense et tutélaire] aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur, mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre. Il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? »