Ne dites pas « aller chez le coiffeur » mais « aller au coiffeur »
Ne dites pas « en revanche » mais « par contre » !


En effet, « aller chez le coiffeur » veut dire que l’on est chez lui et que l’on fait les cents pas dans sa salle d’attente. La préposition chez vient du latin casa et de l'ancien français chiese qui veut dire maison. Elle est donc essentiellement locative, elle ne va pas avec un verbe de mouvement. C’est comme si on disait « aller dans la maison du coiffeur ». Du moins, je le ressens ainsi, moi qui suis d’origine populaire.
Pourquoi alors les puristes exigent-ils que l’on dise « aller chez le coiffeur », alors que la conscience populaire a tendance à dire « aller au coiffeur » ? Par respect pour la personne, au détriment de la logique et de la réalité, pour distinguer la chose et la personne, alors que la préposition à est parfaitement adaptée à un verbe de mouvement. Je sacrifie en général au snobisme ambiant, mais de temps en temps je savoure le plaisir de provoquer quelque ignare en lui disant « je vais au coiffeur », pour avoir le plaisir de l’entendre me faire la leçon et rétorquer doctement : « On va chez le coiffeur et on mène la truie au cochon » !

De même, Littré est contre l’expression « par contre » parce qu’elle viendrait du langage commercial, de la comptabilité. Mais à ce compte il faudrait bannir les expressions comme « aller à bride abattue », « ventre à terre » ou « mettre le pied à l’étrier » ! La cavalerie serait-elle plus noble que la comptabilité ? Là encore, nos censeurs légifèrent par un respect mal placé et pour asseoir leur autorité, aux dépens de la clarté de l’expression et du rapport au réel. D’ailleurs, André Gide a bien montré l’illogisme de l’expression « en revanche ». Donc avec le peuple, qui a un meilleur sens linguistique, et contre l’intelligentsia qui se paye de mots, n’hésitons plus à dire « par contre » !