Mea culpa

J'ai 74 ans et la "maladie fronto-temporale", qui consiste en une dégénérescence de certains lobes du cerveau. Les principaux symptômes sont des chutes et des difficultés croissantes à parler, mais la compréhension reste intacte. Selon les médecins, il y a aussi des "troubles du comportement", difficiles à supporter par l'entourage : agressivité, rabâchage, etc., mais le malade ne s'en rend pas compte. À ce titre, je prends du "Déroxat", un médicament qui favorise la bonne humeur, la résistance à la frustration, etc. Je note d'ailleurs que, depuis, je n'écoute plus Jean-Sébastien Bach, dont l'œuvre dans son ensemble est une longue plainte, le regret du paradis perdu... (J'ai d'ailleurs fait un jeu de mots : le "Déroxat" viendrait du verbe "dérocser" et signifierait "enlever le roc, la rigidité" !...)

Dès lors, je me pose une question : et si mon agressivité était due aux prémisses de la maladie ? Cela du moins permettrait de répondre à la question que je me suis toujours posée sans y trouver de réponse : d'où vient l'hostilité que j'ai subie dans tous les milieux que j'ai traversés et qui a rendu ma vie si pénible, à commencer de la part de ma mère elle-même ? Peut-être que ce serait une réponse à ma propre agressivité, à mon rabâchage, à mes obsessions ? Voir pourtant une autre explication dans le texte de Schopenhauer, cité ici :
http://rene-garrigues.fr/fr/textesrecents/superiorite_intellectuelle.htm
On ne se connaît pas soi-même !...

PS. Il est vrai que cette mise à l'écart, notamment de la part des médias, a son bon côté. Je jouis d'un privilège exorbitant : dans notre société pleine de tabous, je peux penser ce que je veux, dire n'importe quoi, et même publier grâce à Internet, à la recherche d'un hypothétique lecteur ! C'est le moment de citer cette phrase de Bernard d'Espagnat, qui semble écrite pour moi (page 493 de son Traité de physique et de philosophie) : « Il existe des personnes chez qui la beauté — celle des paysages, celle des visages, celle des œuvres d'art — fait office de révélation véritable, de chemin de Damas fréquemment retrouvé. L'intellectualisme radical des couches les plus médiatisées de l'art actuel réduit ces personnes à l'anonymat. Mais ce même anonymat les préserve de la souillure du show-biz. En cela il est salvateur. »