Copie d'une lettre adressée à la Répression des Fraudes de Nice. Celle-ci n'avait pas donné suite à ma plainte contre un Groupe d'assurances, propriétaire d'une résidence à Menton que j'avais louée l'été dernier, sur la foi d'une image publicitaire mensongère.

 

Clermont-Ferrand, le 19 février 2004


LETTRE EN REPONSE A VOTRE QUESTION :
" Ce courrier a-t-il répondu à votre attente ? Sinon pourquoi ? "
(Réf. 2004/533)


Je remarque d'abord que vous n'avez pas répondu à ma plainte du 28 août 2003 comportant une photocopie en couleur (non renvoyée) de l'image incriminée. C'est seulement parce que le Procureur de la République de Clermont-Ferrand a enregistré cette plainte et l'a fait suivre à vos services que vous avez répondu, et que vous m'avez renvoyé l'original de l'image que j'avais déposée au greffe de Clermont-Ferrand.

Cette affaire est extrêmement claire. Une image intitulée "Bienvenue à Menton - A l'Oliveraie" ne représente pas en fait l'Oliveraie. Or, selon le principe d'identité, ou de non-contradiction, A ne peut pas être non-A, l'Oliveraie ne peut pas être un autre bâtiment que l'Oliveraie. Nous savons depuis Descartes que ce principe est présent en tout homme sain d'esprit et que " le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ".

Votre "enquête" était donc extrêmement simple. Il suffisait de se rendre sur place et de constater que l'image censée représenter l'Oliveraie ne représentait pas l'Oliveraie. Au lieu de cela, vous m'écrivez que "l'enquête n'a pas permis d'établir […] la mauvaise foi du professionnel dans l'établissement de ce document publicitaire".

Je vous réponds ceci : la question de la bonne ou de la mauvaise foi n'est pas celle qui vient au premier chef. Si vos enquêteurs trouvent à l'étal ou dans le réfrigérateur d'un poissonnier une denrée avariée, ils ne vont pas d'abord se poser la question de la bonne ou mauvaise foi du commerçant (ce ne sont pas des psychanalystes !) ils vont d'abord constater le fait. Ensuite seulement, un avocat pourra plaider la non-intentionnalité et obtenir éventuellement des circonstances atténuantes. Mais, que je sache, la Répression des Fraudes n'est l'avocat de personne !

Vous me conseillez ensuite de m'adresser, si je ne suis pas satisfait de votre décision, au Tribunal d'instance de Menton, moi qui habite à Clermont-Ferrand ! Permettez-moi de vous dire que c'est un conseil empoisonné : que peut un simple citoyen comme moi, qui ne suis pas juriste, contre la formidable puissance du Groupe propriétaire de l'Oliveraie, qui n'a même pas jugé utile de répondre à ma plainte, qui possède un service contentieux, etc.?

Si vous pensez que je coupe les cheveux en quatre et qu'il n'y a vraiment pas de quoi faire toute une histoire pour une image ambiguë (laquelle a pourtant effectivement déclenché ma décision de louer à l'Oliveraie en août 2003), je vous dirai ceci : c'est justement sur des points très précis et délimités qu'un simple citoyen comme moi peut espérer démocratiquement faire régner un peu plus d'honnêteté dans notre société et en améliorer le fonctionnement. Les grandes affaires comme l'affaire Elf relatée par Eva Joly dans Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ? lui échappent totalement, c'est le cas de le dire ! De plus, je me bats pour un principe, je n'ai jamais pensé sérieusement obtenir des dommages et intérêts de la part du Groupe incriminé (dont on a même peur de citer le nom, comme celui de la peste dans la fable de La Fontaine !) C'est sur les petites tromperies qu'on peut agir, et enfin "Qui vole un œuf vole un bœuf".

"Les apiculteurs ont une conception légitimiste de l'autorité publique, écrit Philippe de Villiers dans Quand les abeilles meurent, les jours de l'homme sont comptés, (page 46), et l'idée que leurs intérêts puissent être trahis par ceux-là mêmes qui doivent protéger l'intérêt public ne peut pas les effleurer." Une telle idée ne m'effleure pas une seconde, moi non plus, et ne voyez là, chers fonctionnaires démocratiques de la Répression des Fraudes, qu'une citation extravagante d'un écrivaillon en mal d'écriture et qui ne savait comment conclure son papier !
Démocratiquement vôtre,

René Garrigues