Voici comment guérir de la jalousie

Beaucoup de gens souffrent de la jalousie. Eh bien, la philosophie peut aider à guérir de cette maladie !

Le jaloux repousse de toutes ses forces l’idée de la trahison de celle qu'il aime. Il imagine toutes sortes de stratégies, d’interrogations, de contrôles qui pourraient empêcher l'aimée de faillir. Mais toujours elle échappe diaboliquement à ses investigations. Le jaloux observe un sourire angélique, tout de douceur et de mansuétude, envoyé au rival, alors que lui-même ne récolte qu’un maigre sourire. Mieux : s’il survient à l’improviste lors d’une conversation enjouée, ô combien amicale, avec l’imposteur, il arrive qu’il surprenne sur le visage de celle qu'il aime un nuage, vite disparu, de déception, de regret. Voici un homme qu'elle ne connaissait pas quelque temps auparavant, ou même qu’elle vient de rencontrer, et elle le traite avec une familiarité de mauvais aloi, comme si c’était un ami ancien, qu’elle avait connu dans une autre vie. Les yeux de l'inconstante brillent mais s’assombrissent quand elle voit comme un gêneur celui qui lui consacre sa vie et qui ferait tout pour qu’elle soit heureuse avec lui. Et bien entendu, elle nie tout en bloc, elle s’indigne même du questionnaire du jaloux. Elle ne voit donc pas que le discours mielleux du tentateur ne rime à rien et n’a d’autre but que la faire trébucher ? Comment peut-elle être dupe de ce regard insistant, de ce regard de chasseur qui guette sa proie ? En fait, c’est qu’elle est déjà prête au crime, c’est qu’elle a déjà la folie en tête. Quel étrange animal ! Quelle mauvaise foi ! Le jaloux ressort tout meurtri d’un film comme Belle de jour, ou la belle Catherine de Neuve se refuse à son mari, paré de toutes les qualités, et se donne à n’importe qui dans une maison de passe !

Eh bien, pour guérir de cette maladie de cœur si douloureuse, il faut faire l’inverse de ce que fait le jaloux ! Il ne faut plus repousser l’idée de la trahison de l’être aimé. Au contraire, je dois me représenter l'infidèle dans les bras de l’imposteur. Je dois même l’imaginer dans les positions les plus scandaleuses, celles qu’elle a eues avec moi quand je l’ai rencontrée, en 69, en levrette, me montrant toute la vérité de la femme, pour que je la connaisse mieux qu'elle ne se connaît elle-même, me laissant sonder son intimité jusqu’à plus soif, et connaître sa bestialité, abandonnée, donnée. Alors, tout change d’aspect. C’est une autre femme, qui me devient plutôt indifférente. Elle a sa crise, son cerveau reptilien s’est réveillé, déclenché par le malotru. Celui-ci n’y est effectivement pour rien et je sais ce dont elle est capable. C'est comme si j'allais voir une prostituée et que je ne me soucie pas de savoir avec qui elle a fait l’amour avant moi, ni si elle aime vraiment quelqu’un. D’ailleurs, il peut même être excitant de me représenter ma femme en femme, courbée sur ses travaux de femme, complètement asservie à son destin et au pantin qui jouit d'elle. Non pas qu’elle me soit réellement indifférente. Je ne l’amènerai pas en partouze, cette mécanique, et d’ailleurs je tiens à elle. Elle a eu son instant de folie, mais elle reviendra, quand elle sera dégrisée. Elle sait bien qu’elle sera plus heureuse avec moi qui veut son bonheur plutôt qu’avec son amant de passage qui ne cherche qu’à cueillir son plaisir. Et surtout il ne faut pas la contrôler, elle est suffisamment sage pour revenir toute seule, surtout si je ne veux pas l’empêcher. Et finalement, tout cela n'est probablement que fantasmes, imaginations. En réalité, elle parle comme ça à tout le monde et si elle avait un vrai béguin, je ne m'en apercevrais même pas. Mais ces imaginations me sont presque agréables et au lieu de subir la torture, je parviens à la sérénité !

Beaucoup de gens demandent à quoi sert la philosophie. Eh bien, par exemple à cela : guérir enragés, guérir de cette rage de la jalousie qui fait tant souffrir. Au fond, la prescription précédente est une application du principe stoïcien « Supporte et abstiens-toi », anekhou kai apekhou… Et ce qui est vrai pour les hommes l'est aussi pour les femmes, il suffit de changer les pronoms personnels...