Voilà donc Le petit cheval blanc de Georges Brassens, interprété par moi, dans le village où j’habite, après le dîner amical hebdomadaire qui réunit une vingtaine de personnes. La scène est filmée à mon insu par l'un des convives.

J'affirme que Brassens est un excellent musicien, mais un très mauvais interprète. D’ailleurs, lui-même le savait et il l’a avoué à demi-mots. « Tout aussi musicien que vous, tas de bruiteurs ! » dit-il dans une de ses chansons. Dans Le petit cheval blanc, interprété au piano, on entend le martèlement des sabots du cheval, et dans la chanson, on doit faire sentir rythmiquement la tension et le relâchement du licol de la pauvre bête. C’est ce que j’ai essayé de faire.
Car Brassens lui-même ne le fait pas ! Il grattouille sur sa guitare, il noie le rythme dans un continuo d’où rien n’émerge, comme s’il était pressé d’en finir. Il s’étouffe même dans ses premières chansons, et certains prétendent qu’il chante faux. De plus, il n’avait pas vraiment le physique d’un chanteur de charme ! Mais ses chansons sont tellement géniales qu’il en reste quand même quelque chose.
Lui-même avait conscience de cela. Il avait refusé de chanter ses propres chansons, mais Patachou, qui l’a lancé dans son cabaret, l’y a obligé, considérant qu’elle ne pouvait chanter des chansons si personnelles.
Dans le film, les hommes illustrent assez bien « les gars du village », dont il est question dans la chanson… Par contre, du côté des femmes (qui ne sont pas sur le film), j’ai eu par exemple ce beau commentaire, adressé par courriel à ma femme : « Je t’ai senti mal à l’aise lors du chant de René… Moi, il m’a émue ! Il a gardé une âme d’enfant et je trouve qu’il faudrait bien que nous le cultivions tous ! C’était un moment doux car il me semble que beaucoup ont senti sa ferveur et ceux que ça n’a pas touché, tant pis pou eux… ils n’ont rien compris ! »
Cela dit, c’est une gageure pour moi de chanter, car j’ai un début de maladie de Parkinson, et je bafouille… à moins d’être chauffé à blanc, ce qui est le cas dans cette réunion amicale, où j’avais déjà fait un premier essai lamentable !

J'aurais voulu chanter aussi Les sabots d’Hélène, mais vraiment la maladie m'en empêche. À propos de cette chanson, j’ai souvenir d’un professeur de musique qui avait mis en scène cette chanson, à la fête du lycée. On voyait quatre ou cinq élèves se tenant par le bras et se balançant ensemble comme sur une balançoire ou un bateau sur les vagues, et se communiquant leur élan. C’est ce qu’il faut faire et c’est ce qu'il faut tenter dans l'interprétation. Comme dit l’organiste Marie-Claire Alain à propos de Jean-Sébastien Bach : « La musique toute sèche, ça n'existe pas. La musique, c'est quelque chose de physique. Il y a un mouvement physique, on la danse et on la chante. »

Les copains d’abord a un rythme caractéristique de chaloupe qui illustre parfaitement le thème de la chanson : « Des bateaux, j’en ai pris beaucoup, – Mais le seul qui ait tenu le coup, – Qui n’ait jamais viré de bord, – Mais viré de bord, – Naviguait en père pénard – Sur la grand-mare des canards – Et s’app’lait Les copains d’abord,– Les copains d’abord.

Le vieux Léon est une très jolie valse jouée à l’accordéon, qui compense la mélancolie du thème par l’envolée de vers de quatre pieds qui semblent ne pas toucher terre…

Il faut avoir entendu L'eau de la claire fontaine en ré bémol majeur, interprétée par Raymond Devos au piano, pour comprendre la souffrance de l'homme devant la femme, et entrer dans le rêve sublime de la contrebasse.

Enfin, Je me suis fait tout petit a un rythme particulier, très musical et très difficile à rendre avec justesse dans le chant, et qui traduit peut-être les acrobaties que le chanteur doit effectuer pour gagner les faveurs de sa bien-aimée !