J’ai constaté un fait étonnant.

Je souffre d’apnées du sommeil mais je n’en ai pas conscience. Les symptômes consistent en une fatigue du cœur et du cerveau, mal irrigués, et tout ce qui s’ensuit. On m’a prescrit un masque pour le sommeil qui insuffle de l’air pendant la nuit et cela a l’air de réussir.

Or, avant d’avoir ce masque, mon cerveau me réveillait régulièrement, ce qui semble être son intérêt et le mien ! Sur le matin, j’entendais souvent soit une explosion, soit quelqu’un qui sonnait à la porte, soit le réveil qui sonnait, ou toute autre manifestation de ce genre. Et je constatais à mon réveil que rien de tout cela n’avait eu lieu !

Ce menu fait est tout de même étonnant car je n’avais pas programmé ce réveil-là ! Non seulement je n’en étais pas conscient puisque je dormais et que j’aurais voulu continuer à dormir, mais même j’ignorais à ce moment-là que j’avais des apnées du sommeil et qu’elles étaient néfastes pour mon cerveau ! Celui-ci se défendait donc de sa propre initiative, comme aurait fait un médecin de l’extérieur qui, sachant ce que j’ignorais, à savoir que ces apnées étaient préjudiciables à mon cerveau, et voulant protéger ma personne, aurait inventé ces fables dans l’intérêt de mon cerveau et de ma personne !

Un autre fait vient corroborer celui-ci. Une infirmière m’a affirmé que si j’allais moins souvent uriner la nuit depuis que je porte le masque, c’est parce que, avant, mon cœur, surchargé, me réveillait, par l'intermédiaire de mon cerveau, en me donnant envie d’uriner pour que j’interrompe mon sommeil et donc mes apnées.

Je remarque aussi la chose suivante. Quand je conduis, pour écouter de la musique, je mets en place le « pilote automatique », dans « l'auditorium mobile » pour m'adonner pleinement à la jouissance musicale - du moins autrefois ! - c'est-à-dire une surveillance faible mais continue. Or, en cas d'extrême urgence, pour éviter un accident, ce « pilote automatique » réagit avec une telle rapidité que, lorsque je reviens sur terre, la manœuvre dilatoire est déjà effectuée !

Je me souviens encore d’un mot de Norbert Wiener, dans I am a mathematician, disant à propos du cerveau que c’était un organe « …so loose, that… », c’est-à-dire si libre, si dépareillé, que… Or, s’il est dépareillé, c’est que l’autre partie de cet appareil est située en dehors de lui et qu’il reste en relation organique avec elle.

(Voir aussi « Correspondance 2, avec Bernard d'Espagnat, 4e PS »)
http://rene-garrigues.fr/fr/textesrecents/despagnat2.htm

Tout cela ne conforme-t-il la suggestion que notre cerveau est comparable à un poste de radio qui reçoit des messages de l’extérieur. Mais de qui ou de quoi ?