J’ai relu attentivement Théorème vivant. En bon philosophe, je livre mes commentaires, pour et contre Cédric Villani.

Pour Cédric Villani

Ce livre a un charme. Voici un jeune homme à qui tout réussit. C’est une vie de roman et le lecteur s’identifie volontiers au personnage, comme dans tous les romans, à la différence près qu’ici c’est la réalité et non une fiction.

Sur le plan intellectuel, il maîtrise la discipline reine du monde moderne, la mathématique comme il dit, la plus convoitée mais aussi la plus fermée au commun des mortels. Non seulement il est éminent, mais il est l’un des tout premiers au monde, à tel point qu’il se demande s’il se trouvera un expert embrassant le vaste champ de connaissances qu’il manipule. Il a à la fois l’imagination et les connaissances.

Sur le plan social, il connaît presque tous les grands mathématiciens du monde entier, qu’il rencontre lors de voyages, comme à Hyderabad, lors de la remise de la médaille Fields. Il est reçu alors par le chef de l’État et ovationné par trois mille mathématiciens.

Sur le plan professionnel, il est directeur de l’Institut Poincaré, et c’est lui qui a fixé ses conditions, tant l’estime de ses pairs est grande. On s’attendrait à trouver à ce poste une vieille barbe, mais non, c’est un jeune homme ! Il doit travailler à une vitesse vertigineuse, pour faire tout ce qu’il fait, avoir une connaissance aussi étendue de la mathématique, accomplir des tâches administratives… et encore répondre à de parfaits inconnus comme moi !

Sur le plan littéraire, il écrit un français parfait, il a même un art de susciter l’intérêt, par le mélange de sujets, la vivacité, l’entrain de chaque phrase, où la profondeur s’allie à la légèreté. Il aurait sans doute pu faire une carrière littéraire, mais il a mieux à faire…

Cela ne l’empêche pas d’avoir une famille dont il s’occupe d’une manière irréprochable. Il a une femme et deux enfants, probablement surdoués, qu’il amène à l’école et partout dans le monde.

Sa personnalité est très attachante. Pour le régal de nos yeux, il arbore une « lavallière rouge carmin et une araignée blanche teintée de mauve » très décorative, faite sur mesure, fruit d’un secret ancien bien gardé. Il est beau, jeune, séduisant. Nulle agressivité, nulle vanité, pas de suffisance en lui, mais une parfaite aisance : il n’a que des amis, il réussit tout ce qu’il approche, il est le premier partout… même à un tournoi de ping-pong entre amateurs ! C’est un peu comme si un gosse des banlieues s’était soudain mué en un prince charmant, un chevalier moderne à la parfaite éducation, à la recherche du Graal mathématique.


Contre Cédric Villani

Cédric Villani vit sur un petit nuage rose, loin des réalités triviales, et il ne peut guère faire autrement. Il ignore le problème du mal. En effet, les mathématiques ont quelque chose de troublant, mystérieux, divin, mais elles servent aussi à faire des autoroutes, des bombes et des ordinateurs. Celui-ci est le maître du monde moderne, mais est-ce vraiment un bien ? Je me dis parfois que si un État ou un particulier voulait asservir pacifiquement un autre État, il pourrait lui faire cadeau… de la télévision ou de l’ordinateur. Regardez ces jeunes pleins de vie « scotchés » à leur ordinateur et aux jeux vidéo. Les Romains luttent contre les Aztèques pour la possession du monde, mais la bombe atomique éclate chez Vercingétorix, heureusement les services portugais de dépollution sont là et le jeu peut repartir… Cette addiction débile me fait penser aux leurres qu’on met au fond des forêts pour se débarrasser des insectes : ils sont attirés invinciblement et ils oublient de nuire…

Il dit à juste titre que les Juifs ont beaucoup de grands mathématiciens, sans commune mesure avec leur petit nombre. (C’est probablement dû à l’endogamie et à leur religion qui les oblige à tourner les concepts dans tous les sens.) Mais les Juifs – principalement, mais non uniquement eux – ont créé, grâce à leur intelligence calculatrice supérieure, une société invivable : spéculation (il n’y a qu’un pas entre la spéculation mathématique ou philosophique et la spéculation financière), propagande culpabilisante dans les médias qu’ils possèdent pour les fallacieux « droits de l’homme ». Ce sont eux qui ont réalisé l’expérience juive désastreuse du marxisme en Russie, aidée par les capitalistes juifs américains (la France aussi est un pays marxiste). Ils organisent maintenant le métissage universel (en fait un génocide au sens propre) et l’immigration sans frein qui nous submerge. Et je ne parle pas de « l’art » moderne, de la pornographie (à distinguer de l’érotisme), du mauvais goût universel, j’allais dire démocratique, de la ruine de l’environnement…

Je crois que les Juifs sont sincères quand ils disent qu’ils ne comprennent pas les raisons de l’antisémitisme. Dieu, qui a créé tous les hommes, se joue de nous, comme un enfant qui fait s’entrechoquer et s’entredétruire des soldats de plomb. Dieu est architecte, mais il n’est pas père. Il a créé l’inégalité pour que les hommes se déchirent les uns les autres. Est-ce du racisme ? Être raciste, c’est accorder de l’importance à la race, c’est aimer ses parents et vouloir que ses enfants leur ressemblent et nous ressemblent. Le mot a été dévoyé par les gauchistes dans une intention polémique, car le concept ne comporte pas l’asservissement d’une autre race. Pour Cédric Villani, « tout le monde, il est beau, tout le monde, il est gentil ». Qu’il continue, il a beaucoup de chance, il a sans doute trouvé le bonheur. Qu’il mette mes remarques acerbes, voire intolérables, sur le compte de l’envie, parce que je ne suis pas aussi doué que lui !

PS. Je ne résiste pas au bonheur de recopier l’un des passages les plus étonnants et les plus significatifs de Théorème vivant. En revenant d'un concert des Têtes raides (!), il est pris en auto-stop par une femme avec deux enfants. La conversation s'engage :
La glace est brisée, c'est parti. J'explique longuement, je parle, je démystifie. La théorie de la relativité d'Einstein, et la courbure qui dévie les rayons lumineux. La courbure, pierre angulaire de la géométrie non euclidienne. Courbure positive, les rayons se rapprochent ; courbure négative, les rayons s'écartent. La courbure, qui s'explique avec les mots de l'optique, peut aussi s'exprimer avec les mots de la physique statistique : densité, entropie, désordre, énergie cinétique, énergie minimale… c'est la découverte que j'ai faite avec quelques collaborateurs. [Fascinant, hallucinant !] Comment parler de courbure dans un espace piquant comme un hérisson ? Le problème du transport optimal, que l'on retrouve en ingénierie, en météorologie, en informatique, en géométrie. Mon livre de mille pages. Je parle, parle au fur et à mesure que les kilomètres défilent. (Théorème vivant, page 56).

2e PS. Enfin, je recopie un passage de Platon qui montre que l’invention de l’ordinateur est plus asservissante que libératrice. Dans ce texte, il s’agit du cadeau – empoisonné ! – de l’écriture fait aux humains par le dieu Thot :
Socrate – J'ai entendu dire que vécut près de Naucratis en Égypte un des anciens dieux de là-bas. On appelle ibis l'oiseau qui lui est consacré, et lui-même se nomme Thot. C'est lui qui inventa le nombre avec le calcul, la géométrie, l'astronomie, et aussi le trictrac, les dés, enfin et surtout l'écriture. En ce temps-là, Thamous régnait sur l'Égypte entière, dans cette grande ville du haut pays que les Grecs appellent Thèbes d'Égypte, et dont ils nomment le dieu Ammon. Thot vint le trouver et lui montra les arts qu'il avait inventés, lui disant qu'il fallait les répandre parmi les autres Égyptiens. Alors le roi lui demanda quel pouvait être l'usage de chacun d'eux. À mesure que Thot le lui exposait, et selon que les explications lui semblaient bonnes ou mauvaises, le roi blâmait ceci, louait cela. Nombreuses dit-on, furent les observations que Thamous fit à Thot, pour ou contre chaque art : il serait trop long de les rapporter en détail. Mais quand on en vint à l'écriture : « Voici, ô Roi, dit Thot, une connaissance qui rendra les Égyptiens plus savants, et leur donnera plus de mémoire : mémoire et science ont trouvé leur remède (pharmacon). » Le roi lui répondit : « Très ingénieux Thot, tel est capable de créer les arts, tel l'est de juger dans quelle mesure ils porteront tort, ou seront utiles, à ceux qui devront les mettre en usage. Et toi, à présent, comme tu es le père de l'écriture, par bienveillance tu lui attribues des effets contraires à ceux qu'elle a. Car elle développera l'oubli dans les âmes de ceux qui l'auront acquise, par la négligence de la mémoire. Se fiant à l'écrit, c'est du dehors, par des caractères étrangers, et non du dedans, et grâce à l'effort personnel, qu'on rappellera ses souvenirs. Tu n'as donc pas trouvé un remède pour fortifier la mémoire (mnêmê) mais pour aider à se ressouvenir (hypomnêsis). Quant à la science et à la sagesse (sophia), tu en procures seulement le semblant à tes élèves, et non la réalité. Car, après avoir beaucoup appris dans les livres sans recevoir d'enseignement véritable, ils auront l'air d'être très savants, et seront la plupart du temps dépourvus de jugement, insupportables de surcroît parce qu'ils auront l'apparence d'être savants, sans l'être (Phèdre 274c-275b).