Attali-Attila

Je lis Au propre et au figuré, Une histoire de la propriété de Jacques Attali. C’est un pavé de 600 pages, comportant des centaines de noms d’auteurs, souvent inconnus. Ce livre fournit moins une doctrine cohérente de la propriété qu’une rétrospective exhaustive, un peu dans le style universitaire, de tous ceux qui ont réfléchi sur ce sujet.
Or, à ma grande surprise, le nom de Maurice Allais n’apparaît nulle part ! Maurice Allais, comme Jacques Attali, est sorti major de Polytechnique, mais de plus, c’est le seul prix Nobel français d’économie. Il est vrai que Maurice Allais est l’anti-Attali. Il trace une troisième voie entre le collectivisme et le libéralisme pur, ou plutôt le « laisser-fairisme ». Il croit aux vertus régulatrices du marché, mais à condition qu’un arbitre, l’Etat, empêche autant que possible les coups tordus, comme celui du célèbre trader de la Société générale, ainsi que la création de monnaie ex nihilo, qui est un vol puisqu’elle permet d’échanger un bien réel contre du vent. La doctrine salvatrice d’Allais, synthèse de faits concrets, est rejetée et étouffée par nos gouvernements. Elle peut se résumer sommairement en trois points : la mondialisation fait le jeu des multinationales au détriment des peuples ; la mondialisation fait le jeu des spéculateurs, et celui-ci n’est pas gratuit puisqu’il s’opère en prenant dans nos portefeuilles ; l’immigration est un fardeau insupportable pour les peuples qui l’accueillent.
Jacques Attali au contraire prône une sorte de fuite en avant utopique où l’abolition des frontières amènera la paix universelle, où toute initiative ou spéculation individuelle est bonne parce qu’elle fait avancer la machine économique (en somme le mal, la méchanceté n’existe pas), où, d’une manière presque marxiste, l’histoire progresse inéluctablement vers le bien et la prospérité. Attali ignore que « l’argent, comme la langue, est la meilleure et la pire des choses ». La meilleure lorsqu’il permet l’échange de biens réels, à la place du troc ; la pire lorsque, comme dans l’usure, il échange symboliquement de la réalité contre du vent. L'adage : « L'argent fait des petits » est faux, il n'y a pas de fertilité de l'argent, ou alors en tant que celui-ci représente un bien réel.
Je suis de l’avis d’Allais : la mondialisation mène nos sociétés à la ruine. Attali-Attila : jeu de mot facile mais significatif.
Or, il se trouve que j’ai voulu faire part de mon étonnement à M. Jacques Attali, par e-mail. A ma grande surprise, j’ai reçu une réponse. Il faut savoir que, dans nos sociétés, personne ne répond à personne (s’il n’a pas un intérêt immédiat à le faire). C’est la grande classe, d’avoir répondu, c’est l’exception qui confirme la règle (mais peut-être il m'a fait répondre par un nègre) !
M. Attali m’a donc répondu, ou fait répondre, ceci : « J’espère que vous avez retenu autre chose de mon livre que l’absence d’un de vos amis. » Hélas ! M. Allais n’est pas mon ami, d’ailleurs je n’ai pas d’amis. Mais surtout, peu importe qu’Allais soit mon ami ou non. « Platon est mon ami, mais la vérité l’est bien davantage encore », disaient les anciens. Je ne juge pas selon mon amour ou ma haine, mais selon les faits, autant que je puis les connaître. D’ailleurs, dès 1988, bien avant de découvrir Allais, qui est soigneusement occulté, j’étais parvenu aux mêmes conclusions que lui, certes d’une manière bien plus naïve et sommaire, dans mon ouvrage La Richesse...