ANTISÉMITISME OU MISANTHROPIE ? À propos de la cruauté humaine envers les animaux.
Extraits du texte de Schopenhauer, Sur le christianisme, in Parerga et paralipomena, n° 177, traduction et notes de Jean-Pierre Jackson, éditions Coda 2005, pages 702 à 714.

« […] Dans le cas actuel toutefois [le cas du christianisme], ces absurdités [dont il a été question plus haut] résultent de ce qu’on a voulu unir deux doctrines aussi hétérogènes que celles de l’Ancien et du Nouveau Testament. » J’ai pensé cela quand j’étais jeune, dès ma lecture de la Bible catholique de Daniel-Rops. (Je veux lire maintenant la traduction de la Bible hébraïque ainsi que celle de la Bible grecque ou Septante, recommandée par Schopenhauer, lequel la lisait, semble-t-il, directement en grec !) L’Ancien Testament n’annonce pas du tout le Nouveau ; il y a là une tricherie de la part des chrétiens qui voulaient se trouver une origine, un enracinement. En fait, les Juifs cherchaient un chef temporel et non un chef spirituel et encore moins un Dieu incarné.

« Un autre vice fondamental du christianisme, dont les conséquences déplorables se manifestent chaque jour, c’est qu’il a violemment séparé, contrairement à la Nature, l’homme du règne animal dont il fait pourtant partie essentielle. Il valorise seulement l’homme et ne voit dans l’animal qu’une simple chose. […] Quant au vice indiqué, il est une conséquence de la création à partir du néant, à la suite de laquelle le créateur (Genèse, chapitres 1 et 9) livre tous les animaux à l’homme afin qu’il règne sur eux, c’est-à-dire fasse d’eux ce que bon lui semble ; il les lui livre absolument comme de simples choses, sans lui recommander en rien de les bien traiter, ce que fait d’ordinaire même un marchand de chiens quand il se sépare d’un de ses élèves. Puis dans le chapitre 2, il fait de l’homme le premier professeur de zoologie, en le chargeant de donner aux animaux les noms qu’ils porteront désormais, nouveau symbole de leur complet assujettissement à lui, c’est-à-dire de leur absence de droits. Gange sacré ! Mère de notre race ! De pareilles histoires exhalent pour moi la poisse juive et la puanteur judaïque ! (Judenpech und foetor Judaicus.) C’est le propre du point de vue juif de considérer l’animal comme un objet fabriqué à l’usage de l’homme. » Antisémitisme ou misanthropie ? Le traducteur Jean-Pierre Jackson fait très justement remarquer : « Affirmation péremptoire mais non prouvée, qui semble indiquer que Schopenhauer ignore par antisémitisme forcené ne seraient-ce que la fête de l’Aïd, les bêtes de trait ou de labour en Asie, sans parler de la dégustation des singes. » Voir à ce sujet l’excellent Le progrès meurtrier de l'ex-pasteur Eugen Drewermann. Quant à moi, je pense que le monde est mal fait et qu’un Dieu malin a condamné les êtres à s’entredéchirer !
N.B. Ces propos ne sont pas en contradiction avec mon commentaire de l'affirmation : « C'est la beauté qui sauvera le monde » : Dieu est Architecte mais n'est pas Père.

Notons encore ces phrases polémiques, page 711 : « De nos jours, chaque médicastre se croit autorisé à infliger dans sa chambre de torture les plus cruelles souffrances aux animaux, en vue de résoudre des problèmes dont la solution se trouve depuis bien longtemps dans des livres où sa paresse et son ignorance l’empêchent de fourrer le nez. Nos médecins n’ont plus la culture classique d’autrefois, qui leur conférait un certain humanisme et une certaine noblesse d’allure. Maintenant, on entre le plus tôt possible à l’université, uniquement pour apprendre à préparer son cataplasme et prospérer sur terre. » Et encore, page 713 : « Il est malheureusement vrai que l’homme refoulé vers le Nord, et ainsi devenu blanc, a besoin de la chair des animaux – quoiqu’il y ait en Angleterre des végétariens. Mais alors, on doit tuer les animaux sans qu’ils le sentent, à l’aide du chloroforme, en atteignant directement le siège de la vie, non par "miséricorde", comme le dit l’Ancien Testament, mais par obligation absolue envers l’essence éternelle qui vit dans les animaux comme en nous. »