Kant, Thom, Heidegger
1985 • 66 pages • Prix : 12 €

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Résumé

On peut interpréter Kant par rapport à l'allégorie de la caverne de Platon. Dans celle-ci, il y a quatre sortes d'objets: le Soleil ou Dieu, qui éclaire des Idées ou structures ou réalités véritables, lesquelles engendrent des phénomènes ou ombres portées sur la paroi (ou matière) d'une caverne. Ces ombres sont perçues par des prisonniers (liés par les sens et le corps) qui les prennent pour les véritables réalités et sont donc victimes d'illusions. L'un des prisonniers ou philosophe se libère péniblement des liens du corps et contemple les Idées et même le Soleil. Les autres sont condamnés à vivre dans l'obscurité et leur vie est une sorte de purgatoire. Mais la véritable délivrance, c'est la séparation du corps et de l'âme, par la mort, qui permettra à l'âme d'apercevoir les vraies réalités.
On peut dire que chez Kant le Soleil devient le sujet transcendantal, auteur des formes a priori et commun à tous les hommes. Les Idées deviennent les choses en soi inaccessibles. Les phénomènes, seuls perceptibles, sont le résultat de l'action du transcendantal sur les choses en soi. La connaissance n'est pas une illusion, mais un rapport exact avec le phénomène, qui est la seule vraie réalité, autour de laquelle tourne, comme un satellite, le sujet empirique, l'individu qui n'épuise jamais la contemplation du réel.
On voit dès lors la différence et même le progrès par rapport au platonisme. L'homme est guéri de la nostalgie du monde idéal, transcendant (c'est-à-dire le transcendantal et la chose en soi) qui n'est pas une réalité, mais plutôt une référence inaccessible. L'enchantement du monde réel, du monde des phénomènes, résulte de sa poésie (au sens grec), c'est-à-dire de ce qu'il est construit par le transcendantal et la chose en soi, indépendamment du sujet empirique qui s'épuise à le contempler. Cette construction est révélée, dans une certaine mesure, par l'art, et c'est dans la douce pénombre de la caverne que l'homme peut trouver son bonheur…
Dans une deuxième partie de l'ouvrage, on résume la pensée du mathématicien René Thom, en tant qu'elle est un retour, une modernisation du platonisme. La catastrophe de Thom, comme l'Idée platonicienne, est une structure mathématique ou Forme indépendante des phénomènes et qui s'impose à eux. Mais elle est baignée dans le flux héraclitéen des forces qui s'exercent sur elle, jusqu'à ce qu'elle bascule avec discontinuité dans une Forme nouvelle, sauf dans le cas particulier où le système qu'elle informe ne peut retrouver aucun point d'équilibre et est détruit et dissous.
L'ouvrage se termine par une étude de L'origine de l'œuvre d'art de Heidegger. L'art n'est pas une création arbitraire, mais une perception épurée, comme par un instrument d'optique, du mystère et de la beauté de ce monde et, selon le mot de Dürer cité par Heidegger, "l'art y est dans la nature, et, si tu sais le saisir, il est à toi."

Extraits / Classés par thèmes


Philosophie

Le pont de Béni-Bahdel
L'enchantement du monde dans la caverne de Platon

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