Richesse, profit et spéculation
1988 • 174 pages

<··· Retour

Extrait : L'agrégation de philosophie, vue par un contemporain de Victor Cousin, Joseph Ferrari, Les philosophes salariés (éd. Payot, 1983).

"Le concours d'agrégation a été la seconde ressource de l'éclectisme. Le titre d'agrégé donne le droit de professer la philosophie dans les lycées. M. Cousin s'empara du concours pour placer son bataillon, et pour expulser de l'université les professeurs qui n'étaient pas éclectiques. Depuis dix-neuf ans, l'agrégation est donnée par un jury éclectique presque toujours présidé par M. Cousin lui-même. Il va sans dire que ce jury n'a jamais douté de l'excellence de l'éclectisme ni de la supériorité des éclectiques. Les programmes des concours, publiés une année d'avance, imposent à tous les candidats le travail d'énervation historique que M. Cousin fait subir à l'Ecole normale. D'après le programme, il faut approfondir ses œuvres historiques; à chaque livre nouveau publié par M. Cousin ou par ses amis, le programme s'enrichit d'une question nouvelle, qui est un ordre précis d'acheter et d'apprendre par cœur le nouvel ouvrage. Le succès est impossible pour ceux qui ne sont pas au courant des moindres caprices de l'érudition officielle. [Voilà le motif précis pour lequel je suis resté adjoint d'enseignement!] L'orthodoxie monarchique et catholique est l'un des points essentiels pour l'admission. [Pour actualiser cette phrase, il suffit de remplacer par: l'orthodoxie pseudo-démocratique, et Victor Cousin par: François Dagognet.] M. Cousin l'a expressément déclaré dans ses rapports. Pendant le concours, le jury pose des questions sur la propriété et la religion; on donne pleine liberté aux concurrents; et ceux qui tombent dans le piège, ceux dont la parole trahit une conviction, sont rejetés sur-le-champ comme incapables, eussent-ils le génie de Platon. Pendant son ministère, M. Cousin étendit la mesure du concours aux chaires des facultés où les suppléants jouissaient d'une certaine indépendance. Ici encore le concours plaça le bataillon [j'aime ce terme militaire!] éclectique; il écarta rigoureusement les adversaires de l'éclectisme, les hommes suspects à la monarchie et ceux que le clergé n'agréait pas. Cette injustice est si habituelle dans l'université, qu'elle n'étonne personne; on s'étonne, au contraire, de voir que des hommes étrangers à l'éclectisme osent toucher à l'université. Il est convenu que l'université est le fief de M. Cousin."

Extrait de Richesse, profit et spéculation - Contre Dagognet, page 111

<··· Retour