Richesse, profit et spéculation
1988 • 174 pages

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Extrait : Contre la publicité, suivi de: modèle d'affiche anti-pub

Si ce qu'on appelle "publicité" était effectivement de la publicité, elle serait la meilleure des choses, elle ferait connaître au consommateur, sur un marché moderne de plus en plus vaste, l'existence du producteur, elle adapterait l'offre et la demande, elle permettrait de choisir le meilleur produit. Malheureusement, fidèle à sa méthode, le sophiste moderne, le publicitaire a interverti les étiquettes, il a usurpé le terme de publicité. Ce qu'il appelle et fait appeler "publicité" ne consiste pas à rendre public tout ce qui concerne l'objet, mais au contraire à cacher ce qu'il est et à montrer ce qu'il n'est pas. La "publicité" n'est pas de la publicité, elle n'informe pas, elle déforme, elle censure. Par exemple, elle n'indique pas la durée moyenne de vie d'une automobile, elle ne donne pas de statistique sur le nombre d'accidents selon les marques et les types. Il y a quelques années, elle a interdit à une association de consommateurs la publication d'un rapport montrant qu'un certain type de pneu éclatait quatre fois plus souvent que les autres, par suite d'un vice de fabrication, et elle a même gagné un procès inique contre cette association. Elle ne dit pas quels sont les jouets les plus dangereux pour les enfants ni s'ils peuvent être réparés. Elle cache soigneusement, par l'intermédiaire de la presse qu'elle achète et censure, les dommages de toute sorte subis par les consommateurs.

La "publicité" favorise uniquement le profit et est indifférente à l'intérêt général, à l'appauvrissement général, montrant ainsi la fausseté du postulat de l'économie classique selon lequel la somme des intérêts particuliers coïncide avec l'intérêt général. Par exemple, elle n'indique pas que les piles au mercure des appareils de photographie et l'huile de vidange des voitures doivent être récupérées et recyclées, car elles sont très dangereuses pour notre vie collective. La "publicité" n'indique pas que l'alcool, le tabac ou même le sucre sont nocifs et qu'aux Etats-Unis bon nombre d'Américains sont atteints d'obésité. Par contre, la "publicité" donne de fausses informations. Au détriment de la santé du consommateur, elle joue sur l'adjonction de colorants dont le but évident est de faire paraître les produits autres qu'ils ne sont. Grâce au prestige de l'image, notamment sexuelle, elle rassemble en un tout ce qu'il faudrait séparer. Au pays des idées claires et distinctes, elle anesthésie l'esprit critique, la faculté de trier et de choisir, et elle fait confondre des choses qui n'ont aucun rapport: la qualité d'un bas et le galbe d'une jambe, la force d'un individu et l'absorption de sucre, l'habileté d'un conducteur et la puissance frénétique, magique, d'une automobile, etc. Elle indique souvent des prix faux, anciens, sans les taxes ou les frais de transport et elle déroute ainsi les comparaisons. Finalement, la "publicité" ne permet pas le libéralisme du marché et ne favorise pas la concurrence comme elle le déclare. Elle l'empêche au contraire en cachant les qualités et défauts réels, c'est-à-dire la richesse réelle de la marchandise et en ne considérant celle-ci que comme un prétexte au profit. En se donnant au plus offrant et en le mettant en vedette, elle empêche d'autres producteurs de se faire connaître et d'autres consommateurs d'être informés de l'existence de produits rivaux. Elle décourage donc l'initiative individuelle en créant des situations d'entente et de monopole, malgré la loi. Elle est d'ailleurs au-dessus de la loi, qui la protège, puisque, par exemple, pour la "publicité" la limitation de vitesse, l'interdiction de fumer ou l'utilisation abusive de l'enfance n'existent pas.

Extrait de Richesse, profit et spéculation - Pages 6 à 7

N.B. Ce texte a été écrit vers 1986 et l'on mesure aujourd'hui les progrès qui ont été accomplis depuis quinze ans, surtout gràce à la pression des mouvements de consommateurs, bien plus qu'à celle de l'Etat. Néanmoins, l'idée directrice subsiste: la publicité édifie le profit en flattant les instincts les plus bas des consommateurs, c'est-à-dire en dégradant le contexte général dans lequel nous vivons. Ainsi, il ne m'est guère possible de publier un texte critiquant nommément une publicité de parfum pour homme, de peur d'un procès qui me ruinerait. Mais quelle est cette censure antidémocratique au droit d'expression? Quels sont ces nouveaux tabous? Voir pourtant le texte humoristique Est-ce que la publicité rend pédéraste? sur
http://perso.orange.fr/r.garrigues/fr/textesrecents/pub_pederaste.htm

P.S. En étudiant, en 2010, l'oeuvre capitale de Maurice Allais, prix Nobel d'économie, j'ai découvert une nouvelle tare de la "publicité", la plus grave de toutes sans doute, à laquelle je n'avais pas pensé jusque-là. La "publicité"est financée par les multinationales et soutient à bout de bras les médias et leur bourrages de crâne et, pire, leur lavage de cerveau et leur caviardage permanent. Ainsi, l'oeuvre salvatrice de Maurice Allais, par exemple, est complètement censurée par l'ensemble des médias parce qu'elle dénonce les multinationales comme cause principale du chômage !

 

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