Richesse, profit et spéculation
1988 • 174 pages

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Extrait : Le Puy Pariou

Vous me demandez si je fais toujours l'ascension du Puy Pariou. Oui, je vous donne rendez-vous en mai, le premier jour du CAPES de philosophie, que je passe encore par défi, vers 10h ou 11h, à La Fontaine du Berger, à moins qu'il ne fasse mauvais ou qu'il y ait des exercices de tir, car l'armée est en train d'accaparer ce site merveilleux. L'ascension se fait à pied, en une demi-heure, par un sentier à travers les bois qui couvrent les flancs du volcan, et comme il n'y a pas de route, on est sûr de ne pas être dérangé par ces monstres fantasques, ces carcasses bruyantes, homicides, malodorantes, sans lesquels les hommes, semble-t-il, ne sauraient se déplacer ou même vivre. Une fois parvenu sur la lèvre du cratère, on n'a en face de soi que les autres volcans et en cherchant bien on aperçoit dans la vallée les vestiges de la civilisation, insignifiante, remise à sa véritable place. Si, comme Empédocle, on descend dans le cratère profond de 96 mètres, on a une étrange impression, comme si l'on était une mouche au fond d'un bol. On peut crier, faire n'importe quoi, on ne ressent plus la compression des autres hommes. On est seul dans la nature, on peut facilement s'imaginer que les autres hommes n'ont jamais existé et qu'on est solidaire de ce gros être cosmique, au flanc duquel on est accroché pour quelques instants et dont la vie s'étend sur des millions d'années. J'ai besoin parfois de me rappeler, dans la puissante Auvergne, que je suis un enfant de la terre et du ciel ou cosmos et non point seulement un évadé de la fourmilière humaine. Je n'ai retrouvé ce sentiment qu'au Tombolen, au large du Mont-Saint-Michel: je veux un jour attendre que les touristes s'en aillent, laisser monter la marée qui ne recouvre jamais complètement le rocher, et me replonger à ma source originelle.

Extrait de Richesse, profit et spéculation - Page 149

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