Plotin aujourd'hui
Plotin ou l'enchantement du monde?
2001 • 159 pages

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Extrait : Astrologie

A cause du pittoresque de la description, je ne résiste pas au plaisir de citer une assez longue page de Plotin lui-même: "Le mouvement des planètes, dit-on, produit non seulement la pauvreté et la richesse, la santé et la maladie, mais encore la laideur comme, inversement, la beauté et même, ce qui est le plus important, les vertus et les vices avec les actions qui en dépendent en chaque occasion. Il semble que les planètes soient irritées contre les hommes pour des actions où ils n'ont eux-mêmes aucun tort, puisqu'ils tiennent leurs dispositions de l'influence des planètes. Si elles nous donnent ce que nous appelons des biens, ce n'est point qu'elles aiment ceux qui les reçoivent, c'est qu'elles sont bien ou mal disposées selon les régions du ciel qu'elles occupent. Leurs intentions changent selon qu'elles sont sur les centres ou qu'elles déclinent. Bien plus, dit-on, certaines planètes sont mauvaises et d'autres sont bonnes; et pourtant, les mauvaises nous accordent des bienfaits, tandis que les bonnes peuvent devenir méchantes. En outre, suivant qu'elles se regardent ou ne se regardent pas, elles produisent des effets différents, comme si elle ne dépendaient pas d'elles-mêmes, mais changeaient selon qu'elles se regardent ou ne se regardent pas. Regardent-elles telle planète? Elles sont favorables. En regardent-elles une autre? Elles se transforment. Elles regardent de manière différente, selon l'aspect dans lequel elles se trouvent. De plus, l'action mélangée de toutes les planètes produit un effet différent de celui de chacune d'entre elles, comme le mélange de liquides différents produit un liquide tout autre que les liquides mélangés."

Mais le rationaliste Plotin n'a aucune peine à dissiper ce gracieux bestiaire: "A un moment donné, une planète qui pour certains observateurs est sur un centre est, pour d'autres, sur son déclin; et celle qui, pour les uns, est sur son déclin est, pour les autres, sur un centre. Or, elle ne peut pas, au même instant, se réjouir et s'affliger, ou bien être en colère et s'adoucir. [...] On admet que Mars et Vénus, dans une position déterminée, sont causes des adultères, comme si ces astres imitaient l'intempérance des hommes et satisfaisaient leurs désirs l'un par l'autre. Quelle absurdité! S'occuper de chacun des innombrables animaux qui naissent et qui existent, faire à chacun les dons convenables, les rendre riches, pauvres ou intempérants, leur faire accomplir chacun de leurs actes, quelle vie pour les planètes! Comment peuvent-elles faire tant de choses à la fois? [...] On refuse à un être unique le pouvoir de gouverner l'univers, et on donne tout aux astres. Comme s'il n'y avait pas un maître unique dont tout dépend! Il permet à chaque être, selon sa nature, d'atteindre sa fin et d'accomplir sa fonction en se coordonnant avec lui. Penser autrement, c'est détruire la nature du monde, c'est ignorer qu'il a un principe et une cause première qui s'étend à tous les êtres."
Plotin, Ennéade II, 3e traité, ch. 1, 3, 6. Traduction Bréhier. Les belles lettres, 1924, 1989.

Extrait de Plotin aujourd'hui - Pages 145 à 146

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