Plotin aujourd'hui
Plotin ou l'enchantement du monde?
2001 • 159 pages

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Extrait : Le panthéisme de Plotin

"Que ce qui est un et numériquement identique puisse être tout entier et partout à la fois, c'est là une notion commune [à tous les hommes]; et le mouvement spontané de la pensée porte tous les hommes à parler du "dieu qui est en chacun de nous" comme d'un seul et même être. Si on ne leur demandait pas la manière dont ce dieu est présent, et si l'on n'avait pas la volonté de soumettre leur opinion à l'examen de la raison, ils affirmeraient seulement qu'il en est ainsi et s'arrêteraient à cette pensée; appuyés sur l'idée d'un être un et identique à lui-même, ils auraient la volonté de ne pas se séparer de cette unité. C'est bien là aussi le principe le plus solide de tous; nos âmes l'énoncent en quelque sorte, sans qu'il résume des observations tirées de cas particuliers, puisqu'il est antérieur à ces observations, il est même antérieur au principe qui pose que toutes choses désirent le Bien; et il suffit, pour qu'il soit vrai, que toutes choses aspirent à l'unité, qu'elles forment une unité, et qu'elles aient le désir de l'unité. Sans doute, cette unité passe, en s'avançant (autant qu'il lui est possible de s'avancer), à des êtres différents; elle prend ainsi l'aspect d'une multiplicité; elle est même multiple en quelque manière. Mais l'antique nature, le désir du Bien, c'est-à-dire de soi-même, amène vraiment à l'unité: toute nature tend à l'unité, c'est-à-dire à elle-même. Le Bien, pour une nature, c'est d'être à elle-même et d'être elle-même, c'est-à-dire d'être une. On dit avec raison que le bien d'un être, c'est ce qui lui est propre; il ne doit pas le chercher hors de lui. Où serait son bien, d'ailleurs, s'il était tombé hors de son être? Et comment cet être pourrait-il trouver son bien en ce qu'il n'est pas? Si le bien, c'est l'être même et s'il est dans l'être, il est, pour chaque être, en lui- même. Nous ne sommes point séparés de l'être; nous sommes en lui; et il n'est point séparé de nous; tous les êtres ne font qu'un."
Plotin, Ennéade VI, traité 5, ch.1. Traduction
Bréhier. Les belles lettres, 1936, 1983.

Extrait de Plotin aujourd'hui - Page 10

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