Plotin aujourd'hui
Plotin ou l'enchantement du monde?
2001 • 159 pages

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Extrait : La débilité des corps

"Comment! La nature des corps n'est pas, pas plus que leur matière? Les montagnes et les rochers, la terre entière, avec sa solidité, tous ces objets résistants, qui se heurtent violemment en se choquant témoignent pourtant leur existence. Comment! des objets qui ne pressent pas sur nous et qu'on ne peut heurter, qui ne résistent pas et qui sont tout à fait invisibles, l'âme, l'intelligence, ce serait là des êtres et des êtres réels!" Voici la réponse de Plotin: "Mieux les corps se suffisent à eux-mêmes, me semble-t-il, moins ils troublent et gênent les autres. Les corps les plus pesants et les plus terrestres, qui défaillent et tombent sans pouvoir se relever, tombent de faiblesse, et ils choquent les autres dans leur chute, à cause de leur inertie. Ce sont les corps inanimés auxquels il est le plus désagréable de se heurter; ce sont eux qui donnent des chocs violents et nous blessent; les corps animés, qui participent à l'être autant que peut le faire un corps, sont plus agréables à rencontrer. Le mouvement, qui est comme la vie du corps et qui imite la vie, se trouve surtout en ceux qui gardent le moins des caractères d'un corps, comme si l'être, en abandonnant les corps, augmentait par là même leur corporéité. [...] Les autres corps, quand on les divise, réunissent à nouveau leurs parties, si rien ne s'y oppose; mais si l'on coupe une motte de terre, chacun des deux morceaux reste séparé. Ainsi que des êtres vieillis par l'effet de la nature sont tels que le moindre choc les blesse et les désagrège, de même le corps par excellence, celui qui se rapproche le plus du non-être, est celui qui a le moins de force pour recouvrer son unité. Sans doute, la chute fait subir aux corps des chocs pesants et forts; c'est une action des uns sur les autres; or, un être débile tombant sur un être débile est fort par rapport à lui; c'est un non-être qui tombe sur un non-être."
Plotin, Ennéade III, traité 6, ch. 6. Traduction Bréhier, Les belles lettres, 1925, 1963.

Extrait de Plotin aujourd'hui - Page 28

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