La Vierge aux cerises
Souvenirs d'une autre vie • roman • 1998 • 457 pages

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Extrait : Modernes Sirènes

La jalousie est aussi exacerbée par une civilisation de plus en plus artificielle qui donne le sentiment de l'irremplaçabilité de la personne aimée, de son caractère exceptionnel. Il y a une pathologie, un délire de l'instinct sexuel. De ce point de vue, La Vierge aux cerises est un traité de pathologie, et pathos, passion et passivité sont des mots de la même racine. Ce qui rend l'amour fou, c'est la dissociation de l'attirance sexuelle et de sa finalité naturelle: la maternité. Bargemon s'en aperçut… en fréquentant la piscine, car le philosophe travaille sans relâche, aussi bien sur les pentes neigeuses à ski, que dans les ruines d'un château fort, ou lors d'un match de volley ou d'une partie de campagne avec son chien! Il nageait comme un poisson, mais s'ennuyait ferme dans le "stade nautique". Un jour, il eut l'idée d'acheter des lunettes de plongée et subitement un autre monde, sous-marin, peuplé de sirènes se révéla à son œil extasié. Il aurait pu chanter: "Comme une sœur, tête coupée, tête coupée, - Elle ressemblait à sa poupée, à sa poupée, - Dans la rivière, elle est venue - Tremper un peu son pied menu, son pied menu." Il pouvait désormais étudier l'anatomie féminine en toute limpidité et clarté, en toute innocence et impunité, et ces demoiselles ayant la tête hors de l'eau ne pouvaient même pas le fusiller du regard! Elles nageaient le plus souvent la brasse et elles écartaient les jambes régulièrement et largement, en un mouvement parfaitement érotique, et Bargemon les suivait sous l'eau. Voici les résultats de son enquête.

Extrait de La vierge aux cerises - Page 456

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