La Vierge aux cerises
Souvenirs d'une autre vie • roman • 1998 • 457 pages

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Extrait : L'abîme de Véronique

Effectivement, lorsqu'ils eurent enfin refermé la porte de la tente derrière eux, la jeune fille commença à s'adonner à ses travaux de femme. C'était un spectacle merveilleux que de la voir prodiguer à un inconnu ces "soins immondes" dont parlait le philosophe. Elle révélait son besoin de l'homme, sa passion pour le sexe viril, qui couvait sous son comportement doucereux et sournois. Poussée par un élan diabolique et obscène, elle passait par-dessus toutes les frontières de la bienséance et du respect humain. Puis elle voulut faire visiter son abîme de Bramabiau - les bœufs qui brament, en patois - sous la jupe verte. A la clarté incertaine d'une lampe de poche, le spéléologue ébloui put non seulement pêcher, mais se baigner tout entier dans le fleuve odorant féminin, le Fleuve Oubli qui guérit les désastres de l'existence. Un détail toutefois frappa l'homme en proie au délire, à la contemplation et au bouleversement, un détail dont il ne comprit que plus tard la signification. Elle avait rasé tous les poils qui entourent suavement le sexe féminin. L'abîme de Véronique était couronné par un mont chauve! Cependant, elle se dégageait déjà et laissait l'homme l'étreindre par derrière, à genoux. Il se rappelait plus tard les orteils en éventail, les jolies jambes fines et obliques, les cuisses plus grosses ouvertes en entonnoir. Tout le beau piège féminin fonctionnait à merveille, comme si l'homme était sa dupe et qu'en croyant posséder la femme, il était amené seulement à déposer sa semence au fond de cet entonnoir, de ce gouffre de Navacelles qui l'attendait depuis le début et qui révélait ses intentions seulement au moment ultime. Cependant, Véronique se faisait baiser et envahir dans sa profondeur, elle subissait l'étreinte de l'homme, l'éventration. Celui-ci se regardait lui-même s'enfoncer comme un couteau en elle et savourait cette torture d'une victime consentante et demandante. Véronique se mit à gueuler, à bramer comme une bête traquée et mise à mort. Jamais l'homme n'avait entendu une telle plainte, suave à ses oreilles, un tel rugissement. Voilà pourquoi sans doute elle l'avait amené dans ce coin du bout du monde, pour exprimer totalement ce qu'elle avait dans la gorge et dans le ventre!

Extrait de La vierge aux cerises - Page 398

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