La Vierge aux cerises
Souvenirs d'une autre vie • roman • 1998 • 457 pages

<··· Retour

Extrait : Le jardin du père

En fin de matinée ou d'après-midi, ils allaient au jardin de son père à Vétille. Le nom plaisait à l'amant, car il rimait avec fille et avec gentille. Il évoquait quelque chose d'insignifiant, d'humble et d'oublié, une faute légère aussi, un péché véniel, un regard furtif peut-être jeté par un enfant sur une gourmandise, ou bien par un homme marié sur une jolie fille, surpris par sa femme qui lui donne le bras. Il y avait de l'ironie dans la pancarte qui indiquait la direction de Vétille, car ce n'était pas une peccadille qui amenait l'amant en ce jardin. C'était le péché mortel, une faute entière, monstrueuse, bienheureuse, l'adultère irréparable, le grand amour avec une jeune fille, et non point la liaison de passage ou l'écart d'une heure avec une femme vénale. Mais Vétille rimait aussi avec mantille. L'amant poète voyait quelque chose de très doux, de féminin, une sorte de manteau doublé de soie, discrètement parfumé, et qui pouvait servir aussi bien à rehausser l'éclat d'une beauté qu'à protéger du froid un enfant endormi. Mais la mantille était aussi la coiffe espagnole d'une dame lointaine que l'on ne connaîtra jamais, aperçue dans un autre âge, en image, en voyage ou en mirage…

Extrait de La vierge aux cerises - Page 183

<··· Retour